« Si la main invisible semble invisible, c'est qu'elle n'est souvent pas là. » Que faut-il penser de cette affirmation de Joseph Stiglitz?





Dans l'ouvrage d'Adam Smith, Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations, paru en 1776, la métaphore de la main invisible apparaît pour la première fois. Cet économiste classique du XVIIIe siècle mentionne que «l’individu est conduit par une main invisible, à remplir une fin qui n'entre nullement dans ses intérêts ».

Autrement dit, la main invisible est l'idée selon laquelle l'intérêt personnel de chaque individu contribue à l'opulence générale, sans en avoir conscience.

Pour les libéraux, l'Etat ne doit en aucune façon intervenir sur le marché économique, ou le moins possible, car il s'autorégule. Cette idée est apparue lors de la première révolution industrielle (essor économique), mais depuis, la société a bien changé.

En effet, celle-ci a connu des crises économiques (1929 et 2008), mais aussi l'arrivée de la mondialisation. Joseph Stiglitz (économiste keynésien et prix Nobel d'économie en 2001) nous propose de réfléchir sur les limites de la main invisible. En d'autres termes, il s'agit d'observer jusqu'où cette croyance libérale peut aller et si elle est toujours d'actualité. Nous pouvons donc nous demander, dans quelle mesure le système libéral conduit-il nécessairement à l'opulence générale ?

Pour cela, nous procéderons en trois parties. Dans la première, il sera question d'analyser le concept de la main invisible à l'époque de Smith. Puis dans la deuxième, nous constaterons le dysfonctionnement de ce concept, c'est-à-dire les limites de cette métaphore. Enfin, dans une dernière partie, nous nous pencherons sur les solutions que les Etats adoptent pour tenter de rétablir le marché économique lorsque celui-ci ne se ne régule plus de lui même. Il sera question dans cette dernière partie, de voir si les réformes politiques misent en place par l'Etat après les crises de 1929 et de 2008 ont bien réussit à rétablir l'économie.









Tout d'abord, il est important d'analyser la métaphore de la main invisible de Smith. En 1776, comme nous l'avons mentionné dans l'introduction, Smith publie son ouvrage phare: Recherches sur les causes et la nature de la richesse des nations. Il y explique les bienfaits de la division du travail, mais aussi le concept de la main invisible. En effet, pour lui l'addition de chaque intérêt personnel contribue à l'opulence générale dont le résultat est atteint inconsciemment. Pour soutenir cette idée, il écrit dans son œuvre que « ce n’est pas de la bienveillancedu boucher, du marchand de bière et du boulanger que nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu’ils apportent à leurs intérêts. Nous ne nous adressons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme ; et ce n’est jamais de nos besoins que nous leur parlons, c’est toujours à leur avantage ». Par exemple, pour aller dans le même sens que Smith, nous pouvons remarquer que le PIB (produit intérieur brut) d'un pays de société capitaliste au XVIIIe siècle augmente au fur et à mesure que les individus maximisent leurs intérêts personnels. C'est aussi à cette époque que le capitalisme connaît son essor. En effet, durant cette époque (entre 1830 et 1896), l'industrialisation et le progrès technique se développent grandement. On parle alors de révolution industrielle, dont l'origine se situe au Royaume-Uni. Adam Smith mentionne toujours dans le même ouvrage les bienfaits de la division du travail grâce à son illustration de la manufacture d'épingles. Ainsi « la division du travail aussi loin qu'elle peut être portée amène un accroissement proportionnel dans la puissance productive du travail ».

De même, dans son optique d'économiste libérale, Smith, s'oppose à l'intervention de l'Etat dans l'économie. Pour lui, le marché économique fonctionne très bien de lui-même, sans que l'Etat ne vienne le réguler. Pour les libéraux, la liberté doit régner dans le système économique. Cependant Smith pense que cette liberté a une restriction, l'Etat doit tout de même encadrer et être garant du domaine de l'éducation pour assurer un minimum de culture des futurs travailleurs. En d'autres termes, Smith explique que l'école privée n'est pas forcément suffisante aux développements d'une économie libérale. Il reconnaît donc l'existence de fonctions régaliennes à l'Etat (dont l'éducation).

Cependant, entre le XVIIIe siècle et aujourd'hui, on constate une grande évolution au niveau économique et social. La structure des sociétés développées a évolué vers une production de services plutôt que de biens. La mondialisation a aussi fait son apparition. Il est survenu un changement de paradigme au niveau économique entre la création de la main invisible et aujourd'hui. En effet, plusieurs courants de pensées se sont succédé depuis l'origine du libéralisme. La crise économique de 1929, survenue aux Etats-Unis, confirme que le système libéral peut engendrer des « catastrophes ». Aussi, dans son affirmation, Stiglitz remet en cause le fonctionnement de la main invisible. Cet économiste contemporain renommé a été vice-président de la Banque mondiale de 1997 à 2000. Il a démissionné de son poste trouvant que le fonctionnement de l'économie n'allait pas dans le bon sens. Stiglitz annonçait une tendance à la crise financière survenue en 2008. Il pose à l'époque des limites à la main invisible dans le livre qu'il écrit, Quand le capitalisme perd la tête, paru en 2003 aux éditions Fayard. Cela nous amène donc à nous rendre compte que le mythe de la main invisible a ses limites, notamment dans la société actuelle.









Voyons donc dans une deuxième partie les limites de la main invisible. En effet, l'opulence générale n'est pas toujours atteinte. Prenons donc pour exemple la crise financière survenue en 2008. Celle-ci a pour cause la faillite de la banque de Lehman Brothers aux Etats-Unis. La crise monétaire de 1929 mettait au jour le dysfonctionnement du système économique de l'époque. Ainsi, quand la bourse financière de Wall Street aux Etats-Unis s'effondre, les autres banques dans le monde font faillite comme la banque autrichienne Creditanstalt en 1931. John Maynard Keynes (1883-1946) écrit un ouvrage mettant en lumière les effets de cette crise bancaire : Théorie générale, de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie, paru en 1936. Cet économiste créa un nouveau courant de pensée : le keynésianisme. Même s'il est capitaliste, Keynes est pour l'intervention de l'Etat dans le système économique quand celui-ci rencontre des difficultés et, d'autre part, il rend compte d'une demande effective, c'est-à-dire que l'offre doit anticiper la demande et non l'inverse. D'où, déjà en 1929, l'économie capitaliste était remise en question, du fait que l'équilibre du marché ne soit plus apparent. Il y a donc un changement de paradigme au XXe siècle en économie. Le libéralisme n'est plus le courant de pensée majeur à son époque. Des réformes étatiques sont d'ailleurs promulguées afin de redresser l'économie. Le plein emploi n'étant pas assuré à cette époque, Keynes participe à la conférence de Bretton-Woods en 1944. Le Fonds monétaire international est créé (FMI) afin de rétablir l'économie entre autre. En effet, les deux crises que nous avons citées possèdent la même cause : une faille dans la Bourse. Actuellement, les pays occidentaux connaissent une période d'austérité du fait que l'Etat intervienne pour rétablir l'économie du marché.

Continuons dans ce sens en relevant un autre exemple : l'absence de feux de signalisation pour les automobilistes. Si les feux ne fonctionnent plus, alors, il n'y a plus de régulation pour indiquer à chaque automobiliste la règle routière qu'il doit suivre. D'ailleurs, Joseph Aloïs Shumpeter (économiste hétérodoxe autrichien du XXe siècle) écrivait dans Capitalisme, socialisme et démocratie (1942), que « les automobiles parce qu'elles sont munies de freins roulent plus vite que si elles en étaient dépourvues ». Cette citation du milieu du XXe siècle nous montre que des règles et des contraintes sont nécessaires au bon fonctionnement de la vie en collectivité. Il y aura embouteillage s'il y a panne de feu rouge car chaque individu est conduit par son intérêt propre. Cependant, ce dernier ne conduit pas à l'opulence générale dont parlait Smith, car il y a embouteillage. Dans ce cas, la liberté de circuler suppose nécessairement une régulation. Nous pouvons prendre un autre exemple : celui de l'épargne des ménages en tant de crise. L'argent épargné ne conduit pas au redressement de l'économie de l'Etat. Autrement dit, pour que l'économie se redresse, il faudrait que les ménages consomment davantage afin de relancer l'économie. Toutefois, il est important de réguler la circulation routière, d'une façon convenable pour que celle-ci soit fluide. Ces deux illustrations exploitées dans la deuxième partie montrent qu'une régulation étatique est nécessaire dans une société. Pour que chaque individu jouisse de sa liberté, alors il doit être contraint de suivre des règles. L'intervention de l'Etat est toutefois refusée par certains économistes. Hayek, économiste néolibéral, parle d'un Etat « liberticide ». En effet, il explique que la redistribution freine une partie de l'épargne des ménages car la dépense est socialisée (pour les cotisations sociales notamment). Il insiste sur le fait que l'Etat a des intérêts particuliers différents de ceux des individus. Cela montre bien que les avis concernant la main invisible sont partagés en économie et ne représentent pas un consensus dans ce domaine. C'est pourquoi, dans une dernière partie, nous décidons de nous pencher sur les différents avis économiques concernant le concept libéral de la main invisible.









Observons donc le point de vue de l'analyse keynésienne concernant la thèse du libéralisme. Le mouvement keynésien qui est apparut à la suite de la crise de 1929 a son avis sur la question comme nous avons pu le voir dans la seconde partie. Ce courant rend donc part d'une rupture avec l'économie libérale classique. En effet, il est pour l'intervention de l'Etat sur le marché économique quand celui-ci rencontre des difficultés. Il écrit qu'« on ne saurait déduire des principes de l'économie politique que l'intérêt personnel dûment éclairé œuvre toujours au service de l'intérêt général. Il n'est même pas vrai que l'intérêt personnel soit éclairé » dans son ouvrage écrit en 1924 : La fin du laisser-faire. Sa déclaration montre bien qu'il est favorable à une intervention étatique dans le but d'atteindre l'opulence générale. On voit donc que pour lui le domaine de la finance ne peut fonctionner selon ses propres règles. Aussi, suite à la crise survenue en 1929, avec le New Deal proposé par Roosevelt, proposa ce concept lors de la Convention du parti démocrate à Chicago en 1933. Ce dernier est le titre d'un ouvrage écrit par Stuart Clase en 1932. Les réformes du New Deal ont donc pour objectif de pallier aux conséquences survenues avec la crise de 1929. Pour cela, l'étalon d'or (la mesure monétaire aux Etats-Unis) est abandonné. Les différents présidents de l'époque se réunissent ainsi que John Maynard Keynes pour venir au secours des banques.



Plus récemment, en 2008, la société capitaliste connut aussi une crise boursière. Les banques sont encore responsables de celle-ci. Des prêts hypothécaires ont été accordés par les banques aux Etats-Unis (les subprimes) aux ménages Américains déjà endettés. Ceci a induit un endettement des clients de la banque et donc un endettement de la banque elle même. Actuellement, l'économie est dans une période de récession (après la crise). Pour cela, un plan d'austérité a été mis en place par les Etats. Celui ci consiste à réduire les dépenses publiques et de contrôler les revenus et les prix des biens et des services émis sur le marché.. Ces réformes ne sont pas toutes les mêmes suivant les pays. Le journal La Dépêche, le 13 octobre 2008 titre que « la France annonce un plan de secours aux banques de 360 milliards d'euros ». L'Etat français avec cette réforme instituée par N. Sarkozy est donc en train de se mettre en déficit. Mais il n'est pas le seul à adopter ce plan d'austérité, car c'est un plan européen. Plusieurs sommet réunissant les présidents européens actuels dont Angela Merckel pour l'Allemagne,Berlusconi pour l'Italie et N. Sarkozy pour la France et d'autres. D'autre part, l'affirmation de Stiglitz nous renvoie à l'époque actuelle. Cet économiste observe que les politiques misent en place récemment ne sont pas bénéfique pour la relance de l'économie. En effet, déjà en 2002, Stiglitz avait publié un ouvrage intitulé La grande désillusion parut aux éditions Fayard. Cet économiste parle alors des effets pervers de la mondialisation dans le système économique. Huit ans plus tard, il publie un autre livre, Le triomphe de la cupidité édité aux éditions les liens qui libèrent et paru en février 2010. Dans celui-ci, Stiglitz annonce les éventuelles conséquences de la crise économique sur les sociétés capitalistes. Nous ne pouvons pas encore nous rendre compte des conséquences de la crise de 2008, même si l'on connait aujourd'hui une période de relance économique.









Finalement dans notre développement, nous avons pu voir que la conception de la main invisible et plus globalement la théorie libérale a fonctionné durant une période dans la société. Celle-ci n'était pas remise en question. Il a fallu qu'une première crise économique intervienne au niveau mondial pour qu'un nouveau courant de pensée (le keynésianisme) apparaisse et remette en cause le fonctionnement du marché. Il est survenu un changement de paradigme. Ceci montre que l'économie change d'une société à l'autre, et dépend nécessairement de l'époque à laquelle elle appartient. Malgré cela, des théories économiques refont surfaces. Le néolibéralisme se développe lors de la crise keynésienne apparue dans les années 1980. Malgré cela, nous pouvons penser que l'intervention de l'Etat est aujourd'hui nécessaire au niveau économique, car sinon, l'économie mondiale s'effondrerait. Stiglitz a raison de souligner que « la main invisible […] n'est plus souvent là ». Il nous amène a repenser l'économie, c'est à dire à revoir l'économie capitaliste et à la faire évoluer, ce qui permettrait à l'économie d'émerger à nouveau. Du coup, faut il repenser l'économie qui est présente actuellement dans le monde ? Cette question est en train de se poser vu les circonstances actuelles concernant ce domaine.

Bibliographie





Sciences économiques et sociales Nouveau manuel, édition la découverte (troisième édition). Sous la direction de Pascal Combemale et Jean-Paul Piriou paru en 2003



Site internet d'Encyclopedia universalis.