Peut on dire que l'humanisme constitue la plus haute valeur qui soit donnée à l'homme?

 

 

 

 

 

Le terme humanisme renvoie à un courant philosophique apparut dès la fin du Xvème siècle en Europe Occidentale et plus particulièrement en Italie et en France. Il s'agit avec ce courant d'affirmer que la dignité de l'homme est la valeur la plus suprême de l'homme. Il représente aussi le siècle des Lumières en France et en Allemagne (Aufklärung), avec comme devise « Sapere Aude », ce qui signifie Ose savoir. Il a pour but de délivrer l'homme de ses doutes et de l'amener à la vérité, c'est à dire que la scolastique présente au moyen Age est remise en cause. Il s'agit de libérer l'homme des fausses connaissance, par exemple avec la thèse de l'héliocentrisme démontrée par Galilée au XVIIème siècle. L'homme et les valeurs humaines sont donc placées au dessus de toutes les autres valeurs qui existes. Ceci nécessite une éducation par les humanités. L'humanisme n'est donc pas une vertu innée à l'homme, mais bien une acquisition. Il doit donc y avoir toute un enseignement donné pour faire vivre l'humanisme. Au cours de l'Histoire du XXème siècle, on observe des guerres mondiales ainsi que des dictatures telles que le Stalinisme en URSS. L'homme n'est donc plus libre puisque d'autres être humain génèrent des misères dans l'humanité avec la découverte des camps de concentration et d'extermination à la en 1945, mais aussi, de Goulag en URSS. Les évènements du siècle dernier nous invitent donc à nous interroger. Dans quelle mesure l'humanisme se révèle être la plus haute valeur humaine? Nous procéderons en trois parties: dans une première, nous verrons que l'humanisme à ses débuts se révélait comme être pleine de bons sens (période du XVème au XXème siècle). Il s'agira dans cette partie de voir comment les philosophes tels que de la Mirandole, Descartes, Kant ou encore Marx présentaient et croyaient en l'humanisme à leur époque. Dans une seconde, nous observerons que ce courant atteint ses limites avec les évènements survenus au XXème siècle Enfin dans une dernière partie, nous verrons comment l'humanisme a été repensé suite à la crise que ce courant philosophique a connu.

 

 

 

Au XVème les humanistes redécouvrent les textes des anciens (à la période de l'Antiquité). En effet, Jean Pic de la Mirandole (1463-1494) écrit dans son ouvrage De la Dignité humaine, « j'ai lu dans les écrits des Arabes (…), qu'(on) ne voyait rien de plus admirable que l'homme ». Cela signifie que la place de l'être humain devient centrale et primordiale contrairement à l'époque de l'obscurantisme présente au Moyen Age. En effet, avant le XVème siècle, la scolastique, dogme religieux était enseignée. Cet enseignement faisait référence aux divioneres literrae, c'est à dire à une théorie essentiellement basée sur la religion à travers la Bible et de l'Ancien Testament. Il était prodigué par les hommes d'église comme les Jésuites. Puis, avec l'apparition du courant humaniste une autre forme d'enseignement voit le jour, les Humaniores Literrae, qui lui repose sur le savoir et la connaissance des écrits non sacrés comme la poésie, la littérature ainsi que les sciences. Les humanités étaient transmissent par les professeurs d'école entre autre.

D'ailleurs nous pouvons nous référer à la vie de René Descartes (1596-1650) qui nous permet de voir l'évolution du changement de penser. Ce philosophe Français suivit durant son enfance un enseignement scolastique au collège de la Flèche par les Jésuites. Il voulait se libérer de l'éducation qu'il avait eut et qui selon lui était dogmatique. Quand il eut finit de faire ses études, il remis en cause tout l'enseignement qui lui avait été donné à part la matière des mathématiques, « à cause de la certitude et de l'évidence de leurs raisons », explique-t-il dans la première partie du Discours de la méthode, parut en 1637. C'est dans la deuxième partie du même ouvrage qu'il met en place quatre préceptes afin d'accéder à la vérité. Le premier est « de ne recevoir jamais quelque chose pour vraie », le second est de « diviser chacune des difficultés (…), en autant de parcelles qu'il se pourrait ». Le troisième s'attache à suivre un « ordre de pensés, en commençant (par) les plus simples (…), pour monter peu peu, (…) jusques à la connaissance des plus composés ». Enfin, le dernier précepte énoncé par Descartes est d' « être assuré de ne rien omettre », en se relisant. Le titre entier de son ouvrage, Discours de la méthode pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences montre bien que ce philosophe croit seulement à la vérité du domaine des mathématiques et non dans la scolastique. De plus, la célèbre notion du cogito ergo sum du même philosophe signifie « je pense donc je suis » peut se révéler être une notion humanisme puisque le doute cartésien remet tout en cause (matière, essence etc), à part le fait que l'homme pense. Cela signifie que l'homme existe et donc est essentiel. L'être humain doit du coup sortir de la science dogmatique pour se baser sur la science expérimentale, qui elle fait référence à la vérité. Le concept du « je pense donc je suis » universalise l'homme. Emmanuel Kant philosophe des Lumières Allemand, prolongera la pensée de Descartes, en affirmant que « posséder le Je (…) élève l'homme infiniment au-dessus de tous les autres être vivants sur la Terre ».

Emmanuel Kant (1724-1804), fit partie du mouvement de l'Aufklärung (le siècle des Lumières en Allemagne. Dans Anthropologie d'un point de vue pragmatique, publié en 1798, Kant s'intéresse à la place de l'homme dans le monde. Il notifiait qu' « en ce monde, l'objet le plus important auquel il puisse en faire l'application, c'est l'homme ». Kant comme tous les humanismes considère que l'homme est doté de raison donc est un être de raison. Il fait relie le mot anthropologie à la connaissance de l'homme « comme citoyen du monde ». Il a comme principe avec l'anthropologie, le fait de sortir l'homme de son état de mineur (homme non mature) à l'état de majeur (homme mature). En d'autres termes, cela signifie que l'homme, grâce à une connaissance de lui même, atteindra la majorité et donc sortira de la période de l'obscurantisme du Moyen-Age. En 1800 dans l'introduction de son ouvrage Logique, Kant établie quatre questions qui se rapportent toutes au domaine de la philosophie. La première « que puis-je savoir »concerne la philosophie de la métaphysique, la seconde, « que dois-je faire? » traite de la morale, la troisième, « que m'est il permis d'espérer? » se rapporte à la religion et enfin la quatrième « qu'est ce que l'homme? », à l'anthropologie. On peut observer dans les trois premières,que le pronom personnel de la première personne du singulier « je », alors que la dernière est d'ordre général avec un article indéfini, « l' ». Aussi au final, les trois premières interrogations se rapportent à la dernière, « qu'est ce que l'homme? ». Quelques années plus tard, en 1803, le même philosophe se penchera sur l'atteinte de la « destination finale » de l'homme. Il parle alors d'un processus de perfection dansRéflexions sur l'Éducation. Cela signifie que l'homme doit sans cesse s'éduquer de lui même suite à la propre éducation qu'il a reçue.

De même, avec l'apparition du capitalisme et de l'instauration de la division du travail après la Révolution industrielle, Karl Marx, économiste et philosophe promeut la liberté de l'homme ouvrier face aux capitalistes. En effet, dans Manuscrits de 1844, publié en 1844, il aborde le rapport d'exploitation qui existe entre les prolétaires, les hommes possédant leur force de travail et les capitalistes qui eux, sont propriétaires des moyens de production. Ceci révèle l'aliénation de l'homme, qui selon lui est néfaste à l'essence humaine. Marx est le précurseur du marxisme qui a pour but de supprimer l'aliénation de l'homme dans les rapport de travail, et donc de supprimer les rapports de dominants et de dominés. Il s'agit donc d'une vision humaniste dans la mesure où Marx parle de délivrer l'homme de ce rapport.

 

Cependant, au XXème siècle, on voit apparaître des guerres, telles que la première guerre mondiale, la seconde guerre (1914-1918 et 1939-1945 respectivement), ainsi qu'une dictature comme le Stalinisme en URSS. Ce dernier fait, opérait une politique communisme, proche des idées que développaient Marx. Néanmoins, elle glissa vers un totalitarisme avec la création de Goulags (camp de travail), une interdiction du droit d'expression, ainsi que le culte de la personnalité de Staline. Tout ceci nous montre que l'humanisme au sens des philosophes des Lumières et de Descartes, n'existe plus au XXème siècle. Ce courant connait donc ses limites durant se siècle, et ne valorise plus l'homme comme avant du fait des actes inhumains. Il s'agit du coup dans cette deuxième partie de rendre compte du tournant du courant humaniste. Un critique de l'humanisme naît : l'anti humanisme à partir de la « seconde jeunesse de Marx ».

 

 

 

L'humanisme au XXème siècle va être remis en question, par différents philosophes. Par exemple, Louis Athusser, (1918-1990)philosophe Français, remet en cause le marxisme comme étant un humanisme. En effet, durant les années 1960, ce penseur appartient au Partie Communiste, dans un ouvrage qu'il écrit avec ses élèves, Lire le Capital. Il est question dans celui ci de faire une relecture de l'ouvrage écrit par Marx, Le Capital. Selon Althusser, Marx connait deux périodes dans sa vie, celle dite de sa jeunesse entre 1842 et 1844 et celle d'après 1844. En effet dans la première période de sa vie, Athusser explique que la pensée Marxisme était un humanisme dans la mesure où Karl Marx s'intéressait à la question de savoir comment délivrer l'homme de l'aliénation qui exista avec l'instauration du capitalisme. Nous avons déjà développé cela dans la première partie. Durant la seconde période de la vie de Marx, ce dernier se tourne peu à peu vers la politique, et donc en cela, le marxisme n'est plus un humanisme. En 1845, il est amené à rencontrer la classe ouvrière. Selon Athusser, Marx aurait connut à cette époque une « coupure épistémologique ». Marx s'intéressait d'avantage à l'histoire de la société et à la politique plus qu'à la philosophie, d'où Marx se dirige vers un autre domaine.

Althusser est influencé par Martin Heidegger (1889-1976). En effet, ce dernier a écrit Lettre sur l'humanisme en 1947, ce qui aurait conforté Althusser sur son penchant qu'est l'anti humanisme. Heidegger, philosophe Allemand, écrit peu de temps après la parution de son ouvrage, une lettre à Beaufret (philosophe et résistant Français). En 1946, Beauffret et Heidegger se rencontrent, et il paraitrait que Beauffret demanda à Heidegger : « comment redonner sens au mot humanisme? ».

Pour comprendre pourquoi s'interroge sur l'humanisme, il faut se rendre compte du contexte historique de l'époque. La seconde guerre mondiale (1939-1945) venait de se terminer. Il y eut des découvertes atroces comme les camps de concentration et d'extermination, mais aussi un bilan effroyable concernant le nombre de tuer pendant cette guerre totale. Aussi, durant l'existence de l'union soviétique en URSS, Staline fut à l'origine de projets consistants à moderniser ce pays par l'industrie. Du coup, le Stalinisme mobilisa beaucoup d'hommes, sans n'avoir aucune considération d'eux. Le Stalinisme était donc un régime totalitaire avec en plus le culte de la personnalité instauré en plus de la création de Goulag dans le nord de la Sibérie.

Heidegger publie avant la seconde guerre mondiale Etre et Etant. Cet ouvrage va être lue par Sartre qui va en faire une traduction : L'être et le néant en 1943. Aussi Jean Paul Sartre, philosophe Français (1905-1980) donne une conférence à la suite de cette traduction qui a pour intitulé, L'existentialisme est un humanisme. Heidegger définissait la notion de DASEIN comme l'être là, alors que Sartre fit d'après Heidegger une mauvaise interprétation de ce terme qu'il avait traduit par réalité humaine. De ce fait, il y a un quiproquo entre les deux philosophes et Heidegger déclare que Sartre n'a pas compris sa philosophie.

Durant ces années d'après guerre, l'humanisme est repensé. Il y a toute une réflexion sur ce qu'est l'être humain. L'idée philosophique qui se met en place est donc de dire que ce qui est essentiel ce n'est pas l'homme mais l'être. Il faut que les hommes s'intéressent à leur être intérieur. Les atrocités de la seconde guerre mondiale sont qualifiées de 'barbares', or, l'humain et plus particulièrement l'humanisme est opposé à cette barbarie. D'où l'homme est en dehors de sa propre essence à cette époque. Les philosophes s'attachent donc à veiller à ce que l'humain ne soit pas en dehors de son essence. Cette dernière peut représenter la valeur humaine. C'est pourquoi, on voit apparaître le terme ek-sistence d'Heidegger. En effet, cela signifie selon lui que l'homme est l'étant ouvert à l'être.

 

 

 

Cet anti humanisme développé dans la seconde partie, nous montre que ce courant connait des limites, cependant, le terme 'humanisme' est encore employé dans les journaux et à la télévision de nos jours. Ainsi, le concept d'humanisme n'a pas disparu. Il a été repensé d'une autre manière. Cette fois ci l'être le « moi » existe et est conscient grâce au regard d'autrui. Voyons donc dans un dernier point comment Emmanuel Lévinas à la fin des années 1980 redonnait sens au terme humanisme.

 

 

 

« Personne ne peut rester en soi : l'humanité de l'homme, la subjectivité, est une responsabilité pour les autres, une vulnérabilité extrême ». Voici ce qu'écrivait Emmanuel Lévinas (1906-1995) dans L'Humanisme de l'autre homme, publié en 1972. Ce philosophe Français et d'origine Lituanienne, considéra que la question que posait Emmanuel Kant, « qu'est ce que l'homme ? » ne pouvait pas avoir de réponse précise étant donné que personne n'arrivait et n'arrive encore à définir ce qu'est un homme. D'où cette question posée au début du XIXème siècle ne trouve à ce jour toujours pas de réponse. Emmanuel Lévinas propose alors de poser une autre question, comme : qu'est ce que l'humain? Pour Emmanuel Lévinas, la notion d'homme se d'éclaircie quand il y des relations humaines entre les être humains. Ainsi, le terme humain prend un sens éthique et non anthropologique comme le proposait Kant à son époque. Lévinas affirme que « l'autre se présente à moi comme visage ». Il veut parler par exemple du moment où, deux hommes discutent ensemble et ont donc une relation de face à face. L'humanisme est ainsi retrouver grâce à l'ouverture sur autrui. C'est à dire que l'homme ayant conscience qu'il vit avec autrui, devient en cela humaniste. Dans son ouvrage Ethique et Infini, Dialogues avec Philippe Meno, Lévinas s'explique sur sa vision de la relation à autrui. Il s'agit donc avec la philosophie de Lévinas d'insister sur l'humain en tant que tel. C'est donc autrui qui nous rend humaniste (bienveillant).

Continuons à expliquer l'humanisme du point de vue de la conscience de l'homme grâce à la présence d'autrui. Emmanuel Mounier, dans Le personnalisme (1949), déclare que « la personne nous apparaît aussi comme une personne dirigée vers le monde et les autres personnes, sans bornes mêlée à eux, en perspective d'universalité ». Cela signifie que la conscience de soit ne se ressent qu'avec le rapport d'autrui et nous permet de nous ouvrir au monde qui nous entoure. Cela nous permet donc de différencier l'être de l'objet.

Cette différenciation est expliqué par Hannah Arendt dans La Pensée (1981). Elle explique que la présence d'autrui est indispensable à la conscience de soi-même et donc à la réalité de soit-même. La notion du COGITO de Descartes, le fameux « je pense donc je suis » selon cette philosophe. Elle dit que les « cogitationes ne se concrétisent en langage parlé ou écrit prévu pour un auditeur ou un lecteur ». Autrement dit, on existe que par l'autre, et le fait que l'on extériorise et que l'on partage notre pensée intérieure.

 

 

 

Nous avons pu nous rendre compte suite au développement entreprit, que le courant philosophique qu'est l'humanisme a connu son développement du XVème siècle au XIXème siècle avec la question anthropologique de Kant, peut-être trop ambitieuse à savoir qu'est ce que l'homme? Suite à cela, le courant humaniste a évolué. Certains philosophes du XXème siècle étaient contre cette idée d'humanisme d'où une critique de l'humanisme a vu le jour. Les guerres totales survenues à cette période reflètent ce point de vue sceptique. Puis, vers la fin du XXème siècle l'humanisme a été analyser autrement. Il n'était plus question de savoir ce qu'était l'homme mais bien de s'intéresser à l'être, l'individu et cela par la présence d'autrui. Pourtant l'humanisme est-il une idéologie sachant qu'aujourd'hui encore des guerres éclatent dans le monde? Une autre question que nous pouvons poser : le concept de l'humanisme n'est il pas différent selon que l'on soit un homme habitant en Occident ou en Orient étant donné la pluralité de conscience qu'il existe de l'être humain?