Introduction

 

Prendre le train de banlieue tous les matins est le quotidien d’un bon nombre de français. Faisant moi-même partie de cette petite communauté, c’est ainsi un lieu et une ambiance que je connais bien. J’ai alors décidé d’accomplir ma description anthropologique dans cet endroit. J’ai choisis d’observer les voyageurs du train de la ligne H d’île de France, sur le trajet joignant la ville de l’Isle Adam à la ville de Paris. L’horaire du matin me paraissait la meilleure. J’ai ainsi pris le train de 7h43 en partance de la gare de l’Isle Adam, plusieurs fois dans la semaine. Je recherchais un endroit stratégique pour pouvoir avoir une vision globale de tous les passagers visibles de mon étage. Je décida alors, de m’installer au milieu du wagon à l’étage en haut côté fenêtre. Je choisis un siège dans le sens de la marche du train.

Que voit-on, que fait-on dans un train ? J’ai décidé, dans un premier temps, de décrire le wagon en lui-même, pour dans un deuxième temps, porter mon observation sur la perception extérieure du train. Enfin, en troisième et principale partie, je porte ma considération sur les voyageurs.

 

Les sièges, le lieu

 

C’est un train composé d’une dizaine de voitures et à deux étages. A chaque étage, on peut distinguer deux rangées de sièges séparées par un couloir central. Chaque rangée est divisée en huit carrés de quatre sièges chacun. Au total, on note soixante quatre sièges pour chaque étage du train. Les sièges sont d’un bleu saphir avec une pointe de jaune citron, de vert gazon ou de rouge vermillon suivant les sièges. Des accoudoirs en bois séparent les sièges côte à côte. Le toit du train est en forme de voûte. Ainsi les vitres sont courbées. On distingue une vitre indépendante pour chaque carré de quatre sièges. En dessous de la vitre, une grille d’aération est présente. En s’y approchant de plus près, on reconnaît là un bon nombre de chewing gums prémâchés. On remarque que sur toutes les vitres du train, il y a des inscriptions faites avec des objets tranchants. La plupart du temps, ces inscriptions ne représentent rien. On peut y trouver quelques mots mais dont je n’y reconnais pas le sens. En bas, au milieu de la vitre et sur toutes les vitres, on trouve l’inscription « Feuilleté, Arino, Duglass 02/03 ».

 

A travers la vitre, l’extérieur du train

 

Dehors, il fait nuit noire. Seules les lumières des réverbères, des voitures et de quelques maisons sont perceptibles. On ne perçoit rien d’autre à travers la vitre outre le reflet de l’intérieur du wagon. Le jour se lève petit à petit. Le ciel passe du noir, au bleu foncé puis au bleu brumeux. Petit à petit, les routes et les maisons sont identifiables mais pas encore les couleurs. Un train dans le sens inverse passe à toute vitesse. Il va tellement vite que l‘intérieur des voitures est invisible. Un matin, on a pu apercevoir au loin le soleil se levant et des trainées de nuages de couleur rouge, rose, jaune et orange. C’est à travers la vitre qu’on perçoit le nom des gares affichés sur des panneaux illuminés. Un matin, il pleuvait. La pluie tapait contre les vitres et des centaines de gouttelettes ruisselaient sur le vitrage. On passe sous un tunnel. Le bruit du train est étouffé. Au-delà des fenêtres, tout est noir. La vitre renvoie la scène perceptible de l’intérieur du wagon. En s’approchant de Paris, les premiers grands immeubles et le sacré cœur apparaissent. Un train nous dépasse, il vient de Picardie et il est rempli par un grand nombre de personne. Bientôt ce sont les quais de la gare d’arrivée qui apparaissent sous nos yeux.

 

Les voyageurs

 

Une femme est assise de l’autre côté de ma rangée. Elle se frotte les mains avec une crème neutrogena et insiste à l’endroit du frottement des doigts. Puis elle sort son poudrier de son sac et grâce à la petite glace ronde, elle se met du rouge à lèvres couleur bordeaux en commençant par le contour des lèvres. Avant de le refermer, elle se jette un coup d’œil dans la glace pour remettre en place quelques mèches brunes de sa coiffure qui est retenue par un serre tête fin noir. Après avoir rangé son poudrier, elle sort un mouchoir de son sac afin d’essuyer le verre de ses lunettes. Elle replie le mouchoir en quatre et le range dans son sac. A présent elle sort un document sous plastique qu’elle se met à lire. Cette femme porte un chapeau de couleur rouge entouré d’un ruban de satin noir. Deux sacs à main se tiennent à côté d’elle. La femme a rangé le document et repli ses gants. Puis, elle sort son téléphone portable d’une poche de son manteau et pianote dessus quelques instants. Après avoir rangé son portable, elle ressort le précédent document pour y vérifier une donnée puis divague son regard à travers la vitre. Quelques secondes plus tard, elle sort un calendrier de sa poche où j’y perçois des couleurs fluo. A présent, elle retire son chapeau et remet sa coiffure en place.

 

Une femme blonde à lunettes vient s’asseoir en face d’elle. Après avoir enlevé son long manteau, elle prend un mouchoir dans son sac pour se moucher qu’elle range après dans la manche de son pull. Puis elle sort un livre dont la couverture est d’un rouge vif.

 

Une autre femme a rejoint la brune et la blonde. Elle tient un sac « grande récré ». A peine assise, elle sort son téléphone portable et y joint des écouteurs blancs. Son portable est un i phone et son écran est entièrement tactile. J’aperçois du vernis rouge à ses doigts en contraste avec sa coupe au carré et ses cheveux noirs saillants.

 

Plus loin, un homme aux cheveux gris somnole. Il a les mains croisées devant lui. Il bouge les pouces en les tournant et sa tête bascule en avant en basculent de gauche à droite en fonction des vibrations du train. A l’arrêt du train, il a ouvert les yeux, jeté un coup d’œil dehors pour lire la pancarte où est inscrit le nom de la gare et au démarrage du train, il referme les yeux en fronçant les sourcils.

 

Un homme vient s’asseoir sur le siège devant moi. A peine assis, il prend le journal posé par hasard sur le siège à côté de lui. Il le pose sur ses genoux et prend une page au hasard. Il se met alors à lire. L’homme renifle toutes les minutes. Quelques instants plus tard, il se met à tourner les pages de son journal et s’arrête à la dernière page, la page des jeux et de l’horoscope. Sa lecture finie, il repose le journal sur le siège de gauche. Aussitôt déposé, l’homme ferme les yeux et somnole. Ses muscles sont relâchés et sa tête bouge d’avant en arrière au rythme des vibrations du train.

 

Plus loin, en face de moi, j’aperçois deux adultes conversant ensemble dans une langue que je ne comprend pas et qui n’est pas identifiable. Ils sourient et rigolent. Ils ont la peau de couleur noire.

 

Un monsieur s’assoit à côté de moi mais dans la rangée d’en face. Il s’assoit, ouvre la fermeture éclaire de sa veste, remet son col, attrape son téléphone portable dans une proche intérieure et pianote quelques secondes dessus. Il se met à fouiller dans son sac posé à côté de lui, sur le siège à sa droite. Il en sort alors un mouchoir. Il se mouche et met son mouchoir usagé dans sa poche de pantalon. A nouveau les mains dans son sac, il en sort un cahier orange et un stylo plume qu’il dépose sur ses genoux. A nouveau dans la poche intérieur de veste, il en sort une paire de lunettes qu’il pose sur son nez. L’homme se met à tourner quelques pages de son cahier puis à écrire, le cahier posé sur ses cuisses. Quelques instants plus tard, il range le cahier et le stylo dans son sac à dos. Il retire sa veste et l’a pose sur le même où se trouve son sac. Soudain, il change l’emplacement de son sac. Il le place désormais sur le siège en face de lui. Il change de place également sa veste qu’il dépose en boule sur le même siège où se trouve dorénavant son sac. Toujours avec ses lunettes, il a sorti son agenda. Il le referme après quelques minutes pour le remettre dans son sac et en sortir un dossier orange contenant quelques feuilles blanches imprimées de caractères noirs. Il range le dossier orange pour ensuite en sortir un autre cette fois ci de couleur rouge. Il coupe court à son dossier pour sortir son i phone et pianoter dessus. C’est un monsieur qui porte un jeans de couleur bleu, des chaussettes blanches et des chaussures vernies noires à lacets. En haut, il porte un pull bleu marine sur une chemise dont le col dépasse. Autour de son cou, mais non nouée, se trouve une écharpe noire. A son poignet gauche, il y a une grosse montre argentée. Il porte des lunettes à montures fines. Il est rasé et n’a plus beaucoup de cheveux au sommet de son crâne. Le monsieur a rangé tous ses dossiers et fermer son sac. Il a à présent les jambes croisées et son corps accoudé à la fenêtre. Une femme s’est assise à côté de l’homme. Il a alors pris sa veste sur ses genoux et mis son sac entre ses jambes.

 

Une femme s’est assise aux côtés de l’homme. Cette femme a posé son sac sur ses genoux et croise les jambes. Pensive, elle passe le voyage à regarder le paysage défiler à travers la vitre. Rien ni personne ne la perturbe.

 

Un peu plus loin, un jeune homme s’est installé et tient des écouteurs à la main. Une fois assis, il met ses écouteurs dans les oreilles. Il lit en même un livre d’un certain auteur du nom de Harlan Coben.

 

Plus loin, une femme lit un journal. Son parapluie est maintenu entre ses jambes. Elle lit le « 20 minutes ».

 

Une femme vient se poser à mes côté. Elle dégage une forte et bonne odeur de parfum aux notes fruitées et fleuries. Elle a la peau de couleur noire et les lèvres bien rougies par le rouge à lèvres. Ses cheveux sont plaqués contre son crâne. Elle replie un parapluie aux motifs de fleurs et de couleur violet et bleu pastel.

 

Un homme arrive de nulle part et traverse le wagon par le couloir en déposant des petits papiers sur les sièges vides ou sur les jambes des passagers. Il crie des « bonjour » et des « s’il vous plait ». Ses petits papiers sont bleus et imprimés d’un message. L’homme porte un pantalon de sport gris clair et un sweat-shirt de la même couleur. Il n’a pas de sac ni de manteau. Il marche vite et son regard laisse pénétrer un sentiment de peur et de désespoir. Après avoir traversé tout le couloir il revient et reprend ses papiers. Une femme lui a tendu une pièce de un euro. Il l’a remercie en joignant les mains et en s’inclinant légèrement et en lui disant que dieu prendra soin d’elle.

 

Une fille est assise devant moi. Elle préfère garder son sac marron en forme de cartable de l’époque sur ses genoux. Elle garde aussi son bonnet multicolore sur la tête. Aussitôt assise, elle sort son téléphone portable recouvert d’une housse rouge et pianote dessus. Je remarque qu’elle porte une bague dorée à l’annuaire gauche. Elle sort un livre protégé d’une housse en toile blanche de son sac. Elle libère le livre de sa housse qu’elle remet ensuite en fouillis dans son sac qu’elle pose désormais sur le siège à côté d’elle. Elle y dépose aussi son écharpe grise à froufrous. Cette fille lit un livre de gros volume et de grand format. Elle a les jambes croisées pour bien maintenir le livre sur ses cuisses. Elle porte un jeans sombre avec des bottines bleu marine en cuir ainsi qu’un long manteau noir avec des gros boutons argentés avec des motifs dessus que je n’arrive pas à distinguer de la place où je suis. La fille change de place pour se placer juste en face de moi. Elle vient de s’étendre les doigts de la main droite dans le vide pour ensuite attraper son livre et continuer à lire. Quelques secondes plus tard, elle replace son écharpe sur son sac. La fille au bonnet est toujours entrain de lire. Je remarque sa french manucure et ses ongles bien soignés. Elle vient de se gratter la partie sous son œil droit. Je remarque un bout de ficelle vert dépasser de son livre. Elle en est seulement encore qu’au premier quart de son livre. A l’approche de la gare Paris Nord, elle ferme son livre puis attrape son sac. Elle l’ouvre et y prend la housse blanche et y remet son livre dedans. Après avoir farfouillé encore dedans, elle en sort des écouteurs blancs qu’elle branche à son portable.

 

Un homme vient se placer à côté de la fille au bonnet multicolore. Cet homme, d’une trentaine d’années, s’assoit, croise ses mains et laisse divaguer son regard dans le vide. Il a entrouvert son long manteau feutré noir et j’y aperçois en dessous une chemise quadrillée bleu clair. Il porte aussi un jeans noir et des chaussures en cuir noir fermées par une boucle en métal argenté. Il n’a pas de sac. Ses cheveux bruns et courts sont en bataille sur son crâne. Après quelques minutes, l’homme change de place pour se mettre dans le sens du train. Il s’assoit ainsi à côté de moi, toujours le regard dans le vide et les mains croisées. L’homme vient de recevoir un coup de téléphone. Le temps de sortir son portable de la poche intérieure de son manteau, il décroche à la deuxième sonnerie. Il tient son portable dans la main droite. Il ne restera qu’une minute au téléphone. Après avoir raccroché, il remet son portable dans la poche intérieure de son manteau et reprend sa position de mains croisées. Petit à petit, ses paupières deviennent lourdes et il ferme doucement les yeux. Il somnole.

 

Dans le carré à ma gauche, deux femmes discutent entre elles. Elles sont assises sur des sièges face à face. Leur conversation est audible par tout les voyageurs du carré où elles sont et celui d’à côté. Elles communiquent entre elles par la voix et les gestes faits avec leurs mains.

 

Une fille vient s’installer dans mon carré. Cette jeune femme a des écouteurs blancs dans les oreilles, raccrochés à un téléphone portable de couleur rose fuchsia. Elle porte un jeans bleu foncé, un gros gilet tricoté de couleur noire et une écharpe de laine noire. De grosses boucles d’oreille argentées à paillettes dépassent de ses cheveux châtains clairs. Elle est assise les jambes repliées et a posé son sac sur les genoux. Son sac en forme de boule est en tissus léger de couleur rouge écarlate. Durant tout le trajet, elle a pianoté sur son portable et a gardé ses écouteurs dans les oreilles. Après le départ du train de la gare de Ermont Eaubonne, cette fille s’est levé, a mis son sac sur son épaule et s’est dirigée à travers le couloir vers les portes du train. Elle est descendue du train à la station d’Enghien les bains.

 

Un homme debout dans le couloir a pris le siège de la femme au portable rose. Cet homme a le parisien entre les mains. L’homme lit le parisien posé sur ces cuisses et maintenu avec ses mains. Il porte un jeans bleu nuit. En haut, on aperçoit un pull col V bleu givré avec une chemise blanche en dessous. Il a par-dessus une doudoune noir. Il n’a pas de sac ni d’écharpe. Il a la peau de couleur noire. Pour tourner les pages de son journal, l’homme lèche son index droit pour pouvoir mieux accrocher la feuille. Il ne le fait pas pour toute les pages.

 

Une femme est assise en face de moi, dans l’autre rangée. Elle se tient assise, les jambes croisées et les mains dans les poches de son manteau. Elle porte un jean bleu nuit avec des bottes en moumoute. Son bas de pantalon est rentré dans ses chaussures. Son manteau lui arrive mi cuisse. Elle porte aussi une écharpe tricotée noire nouée au cou. Ses cheveux offrent un éventail de couleur telles que du jaune, du rouge, du marron clair et foncé. Selon l’éclairage, il est possible également d’observer des reflets rougeâtres. Elle a la peau bronzée. Ses lèvres sont maquillées et le contour de sa bouche est bien dessiné. Elle enlève la main droite de sa poche et avec son index, elle essaye de retirer quelque chose coincé dans sa mâchoire inférieure. Ses sourcils sont froncés. Elle remet ensuite sa mains dans sa poche et laisse aller sa tête contre le siège. Elle somnole quelques instants. Puis elle rouvre les yeux, sort son portable de la poche gauche. Elle pianote quelques secondes pour le remettre ensuite dans sa poche droite de manteau. Cette femme porte une alliance dorée à l’annuaire gauche. Elle a les yeux maquillés avec beaucoup de noir autour des yeux et une grosse épaisseur de mascara sur les cils. Elle garde malgré tout, durant le reste du trajet, un regard inexpressif.

 

Au loin, j’entend le cri d’un bébé qui pleure et cri « papa ». Je sens un petit remue ménage. Les gens se redressent et s’aperçoivent que l’on est bientôt arrivé. Les dormeurs le sentent et se réveillent. Des gens commencent à se lever pour attendre l’arrêt complet près des portes. Tout le monde descend en se bousculant.

 

Conclusion

 

De tous les moyens de locomotions terrestres, le train est le seul sur lequel le voyageur ne peut exercer la moindre action. Il est soumis à la dynamique du trajet. Le voyage en train impose en toute puissance le temps ferroviaire que chacun tente de tuer en vaguant à ses propres occupations.

J’ai pu remarqué que les trains abritaient un concentré humain représentatif de la population, classes sociales qui se côtoient en s’ignorant, réunies toutefois dans leur indifférence.