Station Créteil-préfecture ligne 8 direction Balard à 14h45 le mardi 11/01/11

 

 

 

Je suis situé dans l’avant dernier wagon, le métro encore à quai. Les gens attendent sur le quai long d’une petite centaine de mètres. L’escalator et l’escalier mènent directement sur le quai. Deux panneaux indiquant le train qui partira sont suspendus au plafond, le regard des gens suspendu à ceux-ci en attendant de savoir quel train prendre car ça n’est pas toujours du même côté.

 

 

 

Je suis situé au fond du wagon, sur un siège en «cuir bleu foncé. Face à moi, trois places. A côté de moi, deux places. C’est un petit compartiment délimité par le dossier de quatre autres sièges dos aux deux rangées de trois sièges du compartiment. Au niveau de la limite entre ce petit compartiment et le reste du wagon sont affichées, sous plexiglas, deux publicités. L’une d’entre elle est celle d’un produit technologique, l’autre pour un site internet d’aide scolaire, sous forme humoristique : deux lignes en japonais avec en dessous une phrase « Si vous pensez que c’est du chinois, appelez Acadomia ». Dans le compartiment, les sièges sont collés mais séparés par des petites structures en fer qui ne peuvent pas servir d’accoudoir. Au sol, initialement constitué de caoutchouc au relief régulier en pastilles, je remarque que c’est plat là où les voyageurs peuvent poser les pieds, le reste du relief intact se trouvant sous les sièges. A ma droite, il y a le fond du wagon. Il semble être fait de fer, recouvert d’une épaisse couche de peinture bleu ciel. Il y a au centre une porte avec une poignée fixe et une serrure. La porte se trouve sur un support en fer qui est un peu plus haut que le sol du wagon. Il y a également une vitre sur la porte, et sur chaque paroi du métro, pas teintées.

 

 

 

En face de moi vient de s’assoir un homme d’âge moyen de type asiatique, quelques stations après qu’une jeune femme se soit assise dans mon compartiment mais à la place opposée (rangée d’en face, plus proche de la sortie). Les deux lisent un journal. La fille lit « Le Parisien » ainsi qu’un autre journal pour l’instant posé sur ses genoux. L’homme lit le 20Minutes. Ils sont tous deux habillés avec des jeans et une veste chaude mais pas encombrante. Les deux possèdent une montre au poignet mais pas de bijoux. Par terre, sous le siège de l’homme asiatique, il y a un journal abandonné. Sur les parois intérieures du wagon, autour de moi, il y a des graffitis en tous genres. Des phrases écrites au feutre, des tags faits de peinture, feutre, ou encore gravés dans la peinture.

 

 

 

A côté de moi viennent de s’assoir deux femmes noires d’origine africaine. Elles sont occupées à consulter des papiers administratifs (courriers etc.). La plus proche de moi, qui s’est assise en dernier, est la plus âgée des deux. Elle porte une étoffe blanche aux symboles marrons sur les épaules et un voile noir à motifs blancs sur la tête. En dessous, une doudoune noire. Elle porte un sac à main noir en cuir. Sa voisine, plus jeune, habillée avec une veste en laine noire, porte une écharpe grise et noire, et un jeans. Elle a un sac marron clair. Elles discutent dans une langue africaine.

 

 

 

Arrivé à Daumesnil à 15h03, il y a un échange de personnes. C’est-à-dire qu’un plus grand nombre, par rapport aux stations précédentes, de gens sont descendus, mais également montés (plus qu’avant également). Cette station, sur le plan de la ligne situé au-dessus de chaque sortie du wagon, est marquée d’une pastille «verte avec un « 6 ». Cette même pastille « 6 » était voisine d’une flèche directionnelle sur un panneau sur le quai.

 

 

 

La vieille femme noire descend seule à Reuilly-Diderot.

 

Plusieurs personnes sont entrées dans le wagon depuis. Il reste des places libres, et celles qui sont prises sont notamment celles contre les murs. Les gens qui y sont assis se reposent contre le mur, yeux fermés et parfois ouverts. Chacun porte avec lui un bagage, de taille variable (sac à main, sac à dos). Un homme d’apparence jeune est entré et est resté debout quelques temps avant de s’assoir, ainsi qu’une jeune femme à cet instant. Une femme portant un bonnet rit doucement. (Elle a peut-être compris ce que je fais !) A Bastille, beaucoup de gens sont descendus, dont la jeune femme qui restait debout, mais personne n’est monté. Il y a un homme et une femme d’âge mûr qui sont assis l’un à côté de l’autre. Ils discutent, et portent tous deux des lunettes. Deux jeunes femmes viennent d’entrer, habillées chaudement, mais elles ont soigné leur apparence. Elles se sont assises au milieu du wagon, dans l’un des compartiments formant un carré : deux places en face de deux autres. Elles se sont assises l’une en face de l’autre car les deux sièges contre la paroi sont pris. Elles discutent en riant. Un jeune homme entre dans le wagon, en trottinant. Il consulte du regard le plan de la ligne. Il s’assoit, avachi contre le mur, se reposant contre, comme les autres. Ses jambes sont écartées, il respire avec la bouche ouverte, les yeux alertes.

 

 

 

A République, un prompt échange de voyageurs vient de se passer. Dans mon compartiment tout le monde est descendu très vite. En, même temps, quatre personnes sont entrées. Deux jeunes personnes un homme et une femme), une femme d’âge mûr et un homme d’âge moyen. Ce dernier s’est assis contre le mur. La dame restait debout et est sortie à la station d’après, ainsi que le jeune homme, mais ils marchent séparément sur le quai.

 

 

 

A Strasbourg-Saint-Denis, la station suivante, une jeune femme habillée en noir, avec un pantalon de jogging, des baskets, une veste en cuir, un pull et une écharpe, s’assoit dans le compartiment. Elle tient une canette entre ses deux mains et a de gros écouteurs sur la tête. Je remarque que l’homme asiatique a laissé derrière lui le 20Minutes, sur le petit muret derrière la rangée de trois sièges.

 

 

 

Deux personnes viennent de s’assoir à côté de moi, un homme et une femme d’âges mûrs, habillés chaudement. Dans le reste du wagon, les gens s’additionnent. Toutes les places assises sont prises, et debout ne reste que des jeunes femmes. Un vieil homme est cependant venu s’assoir en face de moi. Il lit un livre, porte un béret, des lunettes et une écharpe rouge.

 

A Opéra, à 15h22, beaucoup de gens descendent et montent. Chacun se dirige vers un siège qui s’est libéré. Mais un homme d’âge mûr, avec des lunettes et une écharpe rouge, les mains dans les poches, reste debout, bien qu’appuyé contre le strapontin replié.

 

 

 

Je descends à Invalides à 15h26. Il y a beaucoup de monde dans le wagon mais pas d’affluence. Quelques personnes, trois ou quatre, sont descendues avec moi.

 

 

 

 

 

18h01, ligne 8 station Bastille direction Créteil, le mardi 11/01/11

 

 

 

Le métro est surchargé dans les deux premiers wagons de tête, et dans les autres toutes les places sont prises. J’ai malgré tout réussi à me trouver une place ; je suis assis presqu’au fond du wagon, pas dans le compartiment de six places ; il est complet. Je suis dans l’espace le plus vaste du wagon, à une place voisine d’une autre, où se trouve un homme noir discutant avec un autre, restant debout. A notre gauche, deux places occupées. Juste en face de moi, deux places occupées. A environ soixante centimètres d’eux, deux autres places du même type, et derrière des quatre places, le compartiment de six places.

 

 

 

Dans le wagon, à Reuilly-Diderot à 18h04, de nombreuses personnes sont montées. La plupart sont des adultes de tous genres et âges. Certains restent accrochés aux deux barres en fer verticales qui joignent le plafond et le sol. D’autres écoutent quelque chose dans leurs écouteurs, d’autres consultent leurs téléphones portables. Ils ont, pour la plupart, des bagages type sacs à dos et mallettes, ou sacs à mains. Lorsqu’ils montent et que l’espace se fait moindre, les gens assis se relèvent. Je reste pour ma part assis. Juste au-dessus de ma tête, sur la paroi juste à côté de la porte du wagon, il y a un plan du métro et du RER de Paris, avec un avertissement au-dessus au sujet d’artistes clandestins et autorisés par la RATP dans les couloirs du métro, incitant les voyageurs à agir d’une certaine façon.

 

 

 

A 18h09, à Porte Dorée (deux stations après Daumesnil) le wagon se vide petit à petit et personne ne monte.

 

 

 

Les portes du wagon sont au nombre de six. Trois de chaque côté. Elles s’ouvrent lorsque quelqu’un appuie sur le bouton vert avec l’inscription « Pour ouvrir appuyer » en majuscules, et se ferment lorsque retentit une alarme, qui provoque une accélération du mouvement des gens sur le quai. Elles fonctionnent en coulissant de chaque côté pour se séparer et ouvrir l’entrée en deux. Elles sont en fer et recouvertes presque de moitié par une vitre aux rebords en caoutchouc noir. Beaucoup de graffitis faits par frottement et/ou gravures marquent ces portes.

 

 

 

Un homme debout s’appuie sur la porte qui ne s’ouvre pas (pendant presque toute la ligne, car le quai se trouve à l’opposé la plupart des stations.) Il plaçait sa main libre entre son dos et la porte mais il est descendu.

 

 

 

Je remarque que presque toute personne seule est occupée avec un objet. Un téléphone portable, un jeu vidéo portable, un journal, un lecteur mp3, ou encore des mots croisés.

 

 

 

 

 

Deux jeunes femmes discutent, jambes croisées, l’une d’entre elle vient de sortir, l’autre perd son sourire et baille. Elle reste néanmoins dans la même position qu’avant, l’air fatigué et las. Les deux hommes noirs qui discutaient à côté de moi ont changé de place. Ils sont désormais assis sur les deux sièges à ma gauche.

 

 

 

A 18h18, à partir de « École vétérinaire de Maison-Alfort  des places se libèrent et personne ne monte.

 

 

 

Les sièges, en dehors des compartiments où ils sont fixes, sont des strapontins qui sont supportés par une structure en fer. Dans l’ensemble du wagon, il y a deux compartiments de six places aux extrémités, deux compartiments en carré de quatre places l’un à côté de l’autre, deux fois en tout dans le wagon. Et il y a trois espaces de passages, où il y a en tout huit places regroupées par deux. Une porte de chaque côté. En tout il y a cinquante-deux places assises, pour six portes, vingt-cinq vitres, six barres verticales en fer, seize autres barres en fer situées proches des places et portes, et une barre en fer à chaque couple de strapontins, sur le dossier, ce qui en fait douze au total.

 

 

 

 

 

A 18h25 je suis en chemin depuis l’avant-dernière station pour Créteil-préfecture, le terminus. Il n’y a plus beaucoup de gens dans le wagon mais quand même plus qu’à Créteil-préfecture lorsque je suis parti à 14h45.

 

 

 

Le plafond est fait de plaques grillagées en fer, cachant les néons qui éclairent l’intérieur du wagon. Il y a entre la porte et une publicité pour des cours d’anglais, une poignée rouge au-dessus d’une affichette explicative de son usage, juste au-dessus d’un message d’avertissement illustré et écrit en quatre langues : Français, Anglais, Allemand, Espagnol.

 

 

 

A 18h27, le voyage est fini. Les escaliers du quai sont autant empruntés que les escalators, et contrairement à l’intérieur du wagon généralement silencieux, les conversations éclatent une fois les gens sortis sur le quai.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En conclusion, je dirais que la ligne 8 du métro Parisien est un espace social très complexe. Chaque individu empruntant le métro emprunte une voie de déplacement et a donc une idée d’où il veut se rendre ; Il n’est pas là pour rien, et sait ce qu’il veut. Il a un objectif en tête, ce qui implique une prise en compte de sa part de la vitesse du temps et de la distance.

 

 

 

Dans cet espace de transport en commun, il y a un grand nombre d’informations extérieures apportées aux voyageurs, laissées là par la RATP.

 

 

 

Il y a les informations au sujet du bon fonctionnement du transport qu’est le métro, à l’aide de poignées d’alarmes avec affichettes explicatives, d’avertissements illustrés et écrits en plusieurs langues, ce qui prend en compte la multiple ethnicité des voyageurs dont les touristes, les plans des lignes, avec les changements de chaque station, les terminus de chaque ligne, et également un grand nombre de publicités, affichées aux murs ou suspendues au plafond. Sur les quais, les publicités sont plus grandes et surplombent les personnes patientant sur le quai grâce aux murs courbés dus à la forme en tunnel des stations.

 

 

 

Tout ce lot d’information fait de ce lieu un espace complet et sans parcelle d’endroit où le regard ne peut contempler quelque chose de « parlant ».

 

 

 

Mais c’est aussi un endroit où on se sent enfermé, et obligé de s’adapter à l’environnement. Les stations aux murs carrelés, formant comme de grandes salles de bain et nous enfermant dans ce tunnel éclairé, et qui se prolonge de chaque côté dans le noir le plus profond. Les métros aussi, en fer, un peu recourbés au niveau du plafond, font de leurs wagons un espace clos et presque intime.

 

 

 

C’est d’ailleurs aussi un endroit où les gens, même ceux qui se connaissent le moins du monde, se rencontrent sans avoir le choix. J’ai remarqué qu’un wagon vide se remplit d’abord par les places assises des compartiments et celles qui sont contre les murs. Ensuite, j’ai remarqué que les gens qui entraient allaient d’abord occuper des places sans voisin. J’ai vu ainsi plus souvent quatre couples de strapontins occupés chacun d’une seule personne. Ces gens, donc, qui ne se connaissent pas, une fois qu’ils entrent dans le wagon, acceptent d’entrer dans un milieu où ils ont à côtoyer des inconnus. Le plus généralement, les gens ont l’air fermé, et ne s’adressent pas la parole, sauf quand ils viennent à plusieurs mais ils ne parlent qu’entre personnes connues.

 

 

 

J’ai remarqué aussi que les gens ont toujours ou presque un moyen de passer le temps lorsqu’elles sont seules, comme si le temps du voyage était trop long à attendre sans rien faire, ou s’ils voulaient éviter un contact extérieur en s’enfermant dans une activité personnelle (lecture musique jeu etc.).

 

 

 

Il y a aussi la présence d’artistes amateurs dans le métro, et de mendiants aux discours parfois construits, parfois improvisés, parfois répétés tant de fois qu’ils ont l’air d’être prononcés par un automate. La plupart du temps, les gens donnent à ceux qui font de la musique.

 

 

 

 

 

En bref, j’ai remarqué que le métro Parisien était un lieu emprunté majoritairement voire totalement pour son côté pratique de déplacement rapide et de grande envergure sur la région Parisienne, que les types et le nombre de passagers changeaient selon les stations et le moment de la journée. L’après-midi en semaine, il y a peu de personnes, quelques travailleurs qui prennent un déjeuner à la hâte dans le métro, des gens qui n’ont probablement pas d’emploi ou qui ont des jours de congés, bref peu de personnes, tandis que le soir, à l’heure des sorties de bureau et d’écoles, il y a bien plus de gens sur les quais et dans les wagons, possédant des bagages et ayant l’air épuisés par leurs journées. J’ai donc remarqué que les gens ne s’y trouvent pas particulièrement jovials d’une manière générale et que les mendiants le fréquentent pour sa chaleur souterraine et le nombre potentiel de donneurs de sous et de sourires.

 

 

 

Un espace social où les gens sont réunis mais ne communiquent pas, où ils sont regroupés pour des raisons personnelles et n’ont pas besoin des autres pour arriver à leurs fins, leurs destinations. Les individus s’y comportent de manière solitaire et active.